JE VEUX UNE ROBE  
 
 
 
 
Robin veut une robe.
Comme sa maman.
Comme sa petite sœur Lucy.
Et comme Francine, sa petite voisine.
Quand elle se tourne, tout en rond, sa robe tourne avec elle.
Comme une danse, ronde et belle.
Robin veut danser comme ça.  
 
"Je veux une robe,” dit-il, et il ouvre son armoire.
Il voit des slips et des shorts, des tee-shirts et des chemises,
des pantalons et des pulls, un slip de bain et même une cravate.
Mais pas de robe.  
 
 
 
 
 
L’armoire de sa sœur, au contraire, est plein de robes.
La plus-plus belle, trouve Robin, est une robe jaune et fleuri.
Lucy ne la porte pas.
Elle est encore trop petite pour une robe si grande.
Robin l’essaie.
Comme il est assez grand pour une si belle robe!
 
"Elle me va bien,” dit Robin, et il se tourne tout en rond.
La robe le suit jusqu’au dessus de son pantalon.
"Mais alors,” dit maman, "c’est une robe de Lucy.
Tu peux la porter un petit moment.
Mais quand tu va te coucher, la robe doit retourner dans son armoire.”  
 
"Je veux une robe,” dit Robin, "tu me prêtes la tienne?”
Mais Francine dit non, toute fâchée.
"T’es bête,” dit-elle, "les garçons n’ont pas de robes,
C’est que pour les filles comme moi.
Et toi, non. T’es bien un garçon.”
"Je suis Robin,” dit Robin.      
 
 
 
"Je veux une robe,” dit Robin.
"C’est pas évident,” dit papa.
"chez nous, les garçons ne portent pas de robes.
Ils ont des pantalons.
Seulement les hommes du Magreb portent des robes, parfois”.
"Ce sont pas de vraies robes,” dit Robin, "ils ne tournent pas.”  
 
"Je veux une robe” dit Robin, dans le magasin.
"Je veux une robe comme lui.”
Et il montre une fille dans une robe superbe.
"C’est une fille,” dit maman. 
"Des garçons en robe,” dit la dame du magasin,
"on se moque d’eux. Un garçon dans une robe, c’est bizarre”
"J’aime bien les robes,” dit Robin.  
 
"Je te fais une robe,” dit maman, quand Robin sort du bain.
Elle met une serviette autour de lui, molle et longue, jusqu’à ses pieds.
"T’ es un roi,” dit maman.
"Une princesse,” dit Robin.
Mais maman dit qu’il est un prince.  
 
 
 
 
"Je veux une robe,” dit Robin, "une vraie.”
La serviette tombe tout le temps.
"Ce n’est pas possible,” dit maman.
"Pourquoi pas?” demande Robin.
"Parce que,” dit maman. "C’est comme ça.
Les garçons chez nous n’ont pas de robes.
Et tout le monde a oublié pourquoi.”  
 
"Je veux une robe,” dit Robin.
"Vraiment?” dit mamie.
"Moi, quand j’étais petite, j’ai voulu un pantalon.
Mais ma mère disait : "Non. Tu es une fille.
Les filles portent des robes. Pas de pantalons."      
   
 
 
 
"Mais maintenant,” dit mamie, "je suis grande.
Et je porte des pantalons. Et des robes, comme je veux.
"Je veux aussi,” dit Robin, "sinon ça n’est pas juste.”
Mamie réfléchit.
"Oui,” dit-elle, "t’as raison.”
Et les deux montent vers le grenier.  
 
Mamie cherche dans une armoire, cherche dans les boites …
Elle cherche, elle soupire et enfin elle dit : "Oui!”
D’une boite elle sort une robe, une vraie.
Plissée, fleurie, avec boutons…
C’est la plus belle robe que Robin n’est jamais vu.  
"Je peux la mettre?” demande-t-il.
"Elle est pour toi,” dit mamie.
"Elle étais à ta maman, il y a un moment.
C’est moi qui l’avait faite.
Mais maman ne la mettait pas.
Elle disait qu’elle était trop petite.
Qu’elle faisait mal. Qu’elle piquait.”  
 
La robe lui va à la merveille.
Robin fait un tour et un autre, et encore !
La robe tourne avec lui, tout en rond, tout en rond …*
"Elle ne pique pas.
Et elle me va bien.
Elle est belle, ma robe.
Je la garde, pour toujours,” dit Robin.